Interview de Catharina Valckx

Depuis plus de vingt ans, l’auteure et illustratrice Catharina Valckx nous raconte des histoires d’animaux, sous l’écrin chaleureux des collections de l’École des Loisirs. Elle revient pour nous sur son parcours, ses lectures et les coulisses de ses livres.

Te souviens-tu des lectures qui ont été fondatrices dans ton enfance ? L’image occupait-elle également une place de choix dans ton attachement aux livres ?

Mon enfance était bilingue. En français il y a eu la revue Pif le chien, en particulier, à laquelle j’étais abonnée. J’avais une grosse préférence pour les histoires de Rahan, fils des âges farouches. C’était une bande dessinée qui se situait dans une préhistoire imaginaire, pleine de leçons de survie, et où des hommes hyper musclés (Rahan, lui-même, bien souvent) affrontent des animaux sauvages de taille démesurée. J’adorais. J’aimais aussi la morale de ces histoires. Une morale pacifiste et humaniste.

En néerlandais il y avait les livres que ma mère nous lisait (pas mon père, malheureusement).  Je me souviens surtout des histoires de Paulus, le lutin des bois. Des histoires formidables écrites et illustrées dans les années 60 par Jean Dulieu (un hollandais, malgré son nom français).

La sorciere Eucalypta (Paulus, le lutin des bois) – Copyright Jean Dulieu

Ce lutin était ami avec un corbeau et un hibou. Une drôle de sorcière au nom parfait de Eucalypta lestyrannisait gentiment. Le tout était très drôle et toujours surprenant.

J’aimais aussi Walt Disney – le journal de Mickey. Pas spécialement les intrigues, mais les images, justement, que je recopiais en les agrandissant. Ma chambre en était tapissée !

Les images ont été évidemment essentielles pour ces coups de cœur de mon enfance.

Peux-tu nous parler des dessinateurs qui ont été fondateurs dans ton envie de dessiner ?

Indéniablement donc Walt Disney, pour commencer. Plus tard j’ai surtout eu envie de peindre, plutôt que dessiner. A 20 ans j’étais dans une école d’art et je me sentais très proche du mouvement « Die neue Wilden » (les nouveaux fauves) Un mouvement essentiellement allemand, au début des années 80, de peinture néo-expressionniste à tendance punk (Penck, Georg Baselitz et Walter Dahn).

Plus tard, lorsque je me suis plongée dans la littérature jeunesse, que je connaissais mal, j’ai fait des découvertes qui m’ont ravie et influencée. William Steig, par exemple. Un grand dessinateur américain. Mais aussi Claude Boujon, édité lui aussi à l’École des loisirs. Jean de Brunhoff  (mon préféré : Babar et le père Noël). Janosh, aussi ! Ce merveilleux dessinateur allemand (son livre le plus connu est sans doute Tout est si beau à Panama).

Beaucoup d’autres se sont ajoutés par la suite, bien sûr, mais ceux-là ont été fondateurs.

William Steig, Jean de Brunhoff, Claude Boujon : trois auteurs qui travaillent en solo (à la fois sur les textes et les dessins de leurs albums). Sens-tu qu’en tant que lectrice, tu as plus d’affinités pour les œuvres réalisées par une seule personne ? Est-ce ainsi également que tu as naturellement envisagé ta pratique d’auteure lorsque tu t’y es mise ?

Oui c’est vrai, j’ai une affinité spéciale avec les illustrateurs qui écrivent. Je pense que leur travail a un impact, une évidence. Mais ce n’est pas une règle sans multiples exceptions. J’adore les illustrations de Ernest Shepard, par exemple, pour Winnie l’ourson de A. A. Milne. Plus contemporain j’aime Jon Klassen, qu’il illustre ses propres textes ou ceux de quelqu’un d’autre. Pareil pour Kitty Crowther.

Quand j’ai commencé, en effet, je ne me suis même pas posé la question. C’est justement l’association de l’écriture et de l’image qui me semblait excitante et pleine de possibilités.

Tu as grandi entre la France et les Pays- Bas : tu vis aujourd’hui à Amsterdam. Au-delà du fait que tu sois naturellement riche de ces deux pays :  Le fait d’être à la fois d’ici et d’ailleurs a-t-il pour toi une importance consciente ?

Oui, c’est important. C’est certainement une richesse mais aussi un déracinement. Je suis des deux pays, par la langue et les relations, mais on peut dire aussi que je ne suis d’aucun, que je ne suis pas ‘une vraie’.

Je garde une distance et un manque d’exhaustivité par rapport aux deux cultures. J’en suis consciente et c’est parfois une force, une liberté d’esprit, mais parfois un manque d’aller sans dire, d’appartenance évidente qui doit être assez confortable.

Beaucoup de mes amis, ici, aux Pays-Bas, sont comme moi, venus d’ailleurs. Nous partageons cette distance que l’on a quand on n’a pas grandi dans un pays.

En France je me sentais souvent hollandaise – avec des parents qui faisaient des fautes en français et nos habitudes nordiques. C’est seulement en arrivant aux Pays-Bas, à 18 ans, que je me suis rendue compte à quel point j’étais française.

Comment expliques-tu que le français soit ta langue d’écriture prioritaire ? Qu’est-ce que le français apporte que le néerlandais ne te permet pas ?

Extrait de Allumette et le gros caillou – (ed. L’école des loisirs)

C’est simple, à 18 ans, quand je suis allée vivre aux Pays-Bas, je ne lisais ni n’écrivais le néerlandais. Je le parlais très approximativement. Les premières années, le néerlandais écrit me semblait difficile et rébarbatif. Je ne veux pas dire que le français soit facile ! Au contraire. Mais c’est ma première langue de lecture et d’écriture.

J’ai écrit d’innombrables lettres à ma famille et mes amis- en français, depuis ma petite ville du nord des Pays-Bas. A l’époque les étudiants n’avaient pas le téléphone.

Aussi j’écrivais des histoires, et des BD. J’aurais pu tenir un journal, mais je préférais déjà la fiction. J’ai rempli moult cahiers, juste parce que le français me manquait. Je pense que c’est comme ça que j’ai appris à écrire. C’était un besoin et un plaisir.

Le français a plusieurs registres : le langage parlé, le français littéraire (avec ses subjonctifs etc), et le langage familier- l’argot. Chacun peut doser son petit mélange personnel de registres.

C’est une dimension que le néerlandais n’a pas. Le néerlandais est une langue très efficace, qui ne connait qu’un seul registre.

Ce que je ne sais pas faire du tout, en néerlandais, c’est trouver des noms pour mes personnages. Je pense que pour avoir le sens des prénoms, de tout ce qu’ils charrient d’atmosphère, il faut vraiment avoir grandi quelque part. Plus largement, je ne sais pas ‘jouer’ avec le néerlandais. Je ne me sens pas assez virtuose, et je trouve que la langue ne s’y prête pas facilement, contrairement au français.

Tes livres sont-ils traduits et lus aux Pays-Bas ? Si c’est le cas, et par rapport à ce que tu disais plus haut : sens-tu que la traduction en néerlandais arrive à retrouver l’esprit du texte français ?

Je traduis moi-même mes livres en néerlandais. Avec un peu d’aide, je dois avouer. Et je pense que l’esprit français du texte se perd toujours un peu. Surtout dans les dialogues. Mais c’est peut-être moi qui ne suis pas assez calée. Pourtant je tiens à le faire moi-même, je crois que je fais des progrès. Le challenge c’est de perdre l’esprit français, mais de trouver un esprit néerlandais qui soit aussi drôle et précis.

Pourrais-tu nous parler de quelques autres auteurs qui ont été marquants pour toi, mais cette fois à l’âge adulte ?

Si je pense à la littérature générale, l’auteur qui m’a le plus marqué est Samuel Beckett. Il a été une véritable découverte. Son mélange de tristesse et d’humour totalement absurde a ouvert en moi une porte qui n’attendait que cela. J’ai vraiment eu l’impression de lire une âme sœur.

Je lui ai souvent écrit des lettres que je n’ai jamais osé envoyer. Maintenant c’est trop tard, hélas, il est décédé en 1989.

Je suis aussi fan de Haruki Murakami, de Jean-Philippe Toussaint, de David Vann, de Georges Simenon, d’André Gide, de Jean Giono…

En littérature jeunesse il y a eu le grand classique de A.A. Milne, « Winnie the Pooh », qu’il faut absolument lire en anglais, c’est tellement mieux. Là aussi, c’est son humour qui m’a charmée. Et sa capacité de créer de l’émotion à partir de petits évènements du quotidien.

Aussi Nadja, auteure française qui a publié beaucoup de livres à L’école des loisirs. Mon favori est ‘Momo ouvre un magasin’. Très très drôle ! Un classique, je trouve.

Et bien sûr Arnold Lobel qui a écrit Les aventures de Ranelot et Buffolet,  Sept histoires de souris, Hulul et compagnie… des chef d’œuvres de poésie et de drôlerie, avec un petit fond de tristesse qui rend ses textes si réconfortants. Il a tout illustré lui-même d’ailleurs. Les dessins sont aussi magnifiques. Tous des auteurs qui ont beaucoup d’humour. Je pense que c’est beaucoup plus difficile d’être drôle que de faire pleurer, ou de faire peur. Et je pense que la littérature peut nous aider à vivre.

« Parfois on entrevoit ce qu’on aurait pu être, s’il n’avait pas fallu être ce qu’on est, et ce n’est pas tous les jours qu’il est donné de couper en quatre un cheveux de cette qualité » S. Beckett.

Tes textes me fascinent dans leur dosage audacieux de « ce qui est dit et ce qui ne l’est pas ». Ils sont très elliptiques, très peu dans la sur-explication. Pour arriver à cette synthèse : passes-tu par beaucoup de versions du texte ?

Oui, je fignole mes textes, bien sûr. Mais je ne passe pas par beaucoup de versions très différentes. J’écris assez instinctivement et ce sont beaucoup de petites choses que je change, après relecture. Par exemple l’ordre des phrases, ou le rythme d’un dialogue.

Je crois que je n’aime pas la sur-explication, mais je n’aime pas non plus perdre un petit lecteur parce qu’il ne comprend plus… j’espère que mes textes ne sont pas trop elliptiques pour le coup, tu m’inquiètes !

Dans un album on ne peut pas bavarder. L’image joue le rôle principal, le texte doit être assez court, donc j’écris juste ce qui me semble essentiel à la compréhension de l’histoire, et aussi à l’ambiance – disons le sel dans la soupe.

Extrait de La fête de Billy – Ed. L’école des loisirs

Oh non, tes textes sont elliptiques de la meilleure des manières. As-tu instinctivement plus de naturel à animer des animaux que des humains ? Si oui, saurais-tu l’expliquer, au-delà de la simple tradition qu’ont les livres pour la jeunesse de mettre en scène des animaux ?

Mettre en scène des animaux a différents avantages.

Le premier c’est qu’il est d’emblée évident que l’on est embarqué dans un monde imaginaire. Cela rend les émotions plus légères. Une souris qui se sent seule, c’est beaucoup moins triste qu’une petite fille qui se sent seule, même si la petite souris porte une robe.

Un autre avantage c’est qu’on peut avoir un personnage auquel les enfants s’identifient- dont ils pensent qu’il a à peu près leur âge – mais qui peut vivre seul, sans parents et sans aller à l’école. Ça permet de se débarrasser de tout un contexte obligé dans un cadre humain.

Et le plus gros avantage : les animaux sont extrêmement différenciés dans leur aspect. Un crocodile, une chèvre, un singe ou un moineau… c’est beaucoup plus drôle à dessiner que des enfants.

En plus les enfants adoooorent les animaux, leurs habitudes et leurs spécialités.

Ed. L’École des loisirs

Tes histoires sont très imprégnées des choses du quotidien. Les petits évènements s’y passent à la petite échelle des personnages, et ne prennent de l’ampleur que parce qu’ils veulent bien leur en donner. Cela fait-il écho à ta manière de vivre également ?

Euh…. Je ne sais pas, c’est juste que j’aime le minimalisme. J’aime faire beaucoup avec peu.

Pourquoi des grands drames (la guerre, l’exode, la famine, l’éruption volcanique, la panne d’ascenseur …) si l’on peut faire une histoire touchante et porteuse de sens à partir d’une simple chaussette trouvée, par exemple.

En parlant de quotidien : peux-tu nous donner une idée de ce à quoi ressemble tes journées de travail ?

Non, vraiment, ça dépend des jours. Juste j’essaie de garder mes heures les plus ‘créatives’ pour la création. Pour moi c’est le matin. L’après-midi je réponds aux mails etc. à moins que je continue de travailler…même jusque tard dans la nuit.

Tu abordes des thèmes de manière peu conventionnelle : les personnages agissent souvent hors de nos attentes, ils ont des aspérités et on ne ressort pas toujours de tes histoires l’esprit uniquement serein. Restent des questions non-résolues.

Là tu me demandes quelque chose que je ne veux pas faire : analyser mes propres textes.

J’écris en majeure partie intuitivement. Moins qu’à mes débuts, parce que je suis devenue consciente de mes thèmes récurrents, d’un certain type d’humour, de mon amour des dialogues, de mon plaisir à surprendre… mais je ne voudrais pas perdre toute spontanéité en sachant exactement ce que je suis en train de faire.

Ce que je peux dire c’est que j’aime les personnages qui ne sont pas parfaits, et les amitiés qui ne sont pas parfaites non plus, les vraies.

Quant aux questions non-résolues, je me demande si c’est positif ? Est-ce que tu peux me donner un exemple ?

Je citerai à titre d’exemple Manu et Nono – Le dernier gâteau : Dans cette histoire, les deux amis se réconcilient, se pardonnent, sur la base d’un mensonge. Quelque chose reste donc non-résolu, mais ça a le goût de la vie.

Ed. L’École des loisirs

Oui, c’est vrai, tu as raison. Mais cela arrive souvent dans la vie. On passe sur quelque chose, et cela vaut mieux. On oublie et c’est très bien.

Comme dit le proverbe Persan : Un mensonge qui fait l’affaire vaut mieux qu’une vérité qui l’embrouille. 

Dessines-tu pour le plaisir de l’acte de dessiner, hors de l’élaboration d’un projet de livre ?

Non, pas vraiment. Je trouve dessiner assez difficile, je n’ai pas de ‘facilité’ à dessiner. Pour la couleur, oui. Et la composition. Je pense que je suis plus peintre que dessinatrice. Il m’arrive de peindre pour le plaisir, et si j’avais plus de temps je le ferais plus souvent.

Pour ceux qui sont habitués à tes dessins dans les livres pour la jeunesse, il y a le sentiment que ton trait est taillé pour la narration. Je suis donc très curieux de voir ce que tu fais lorsque tu peins. Sens-tu que tes peintures sont également imprégnées de narration ?

Écrire et illustrer des livres me convient mieux que de faire des tableaux. A cause des restrictions qui s’imposent simplement, par définition. Si je fais un tableau, j’ai affaire à la Liberté avec un grand L. Tout est possible, tout est permis. C’est trop pour mon âme expérimentale, je me perds. Je fais des tableaux abstraits aussi bien que des tableaux figuratifs, plus ou moins narratifs. Tout m’intéresse, je n’ai pas une obsession particulière. D’ailleurs je ne peins plus beaucoup depuis que je me suis plongée dans l’illustration. C’est un art vraiment différent.

Tu es auteure des textes et des illustrations de la plupart de tes livres. Saurais-tu mettre des mots sur ce qui déclenche l’envie de réaliser un livre ? À quel niveau cette envie première se situe-t-elle ? Une envie graphique ? Une envie de ton ?

Ça dépend… si c’est un album c’est certainement une envie graphique. Mais à côté de ça il faut aussi une très bonne idée ou deux pour le script. Pour moi une bonne idée pour un album est à la fois originale et drôle et intéressante graphiquement. Intéressante et dans mes cordes. J’évite d’avoir à dessiner une gare pleine de voyageurs ou une autoroute à gros trafic. Je préfère dessiner des arbres J Des images simples… très peu la ville.

Pour un livre de première lecture, l’image est beaucoup moins importante. Il me faut surtout des bonnes idées. Je ne réfléchis pas au ton. Le ton vient tout seul.

Encore que… je peux avoir envie d’écrire à la première personne (comme dans les livres de Bruno, ou Allumette et le gros caillou), ce qui engendre un ton bien particulier.

Ed. L’École des loisirs

Tu es depuis longtemps éditée par l’École des loisirs. Peux-tu nous parler de ton lien à tes éditeurs et la manière dont tu interagis avec eux lors de l’élaboration de tes livres ? Cette relation de longue durée est-elle importante pour toi ?

J’ai eu énormément de chance d’avoir été publiée dès mes débuts par L’EDL.

J’avais déjà presque 40 ans et beaucoup galéré avec mon premier métier de peintre.

Tout a été facile à partir de là. Je pense que l’École des loisirs, et en particulier Arthur Hubschmid m’ont en quelque sorte sauvée. Arthur H. était jusqu’en 2019 directeur éditorial pour les albums. Je suis arrivée dans son bureau à Paris avec deux livres terminés, et j’ai toujours continué à travailler comme cela. J’apporte des maquettes très abouties.

Arthur n’était pas facilement enthousiaste, mais quand il l’était c’était une vraie victoire. Il faisait des remarques, des suggestions pour améliorer l’histoire. Il ne disait jamais rien ou presque sur les illustrations. L’important pour lui était que l’histoire soit solide. Il m’a beaucoup appris.

Les livres de première lecture, je les fais avec Véronique Haïtse, qui est devenue une amie. Je lui envoie un texte, avec juste quelques croquis. Je commence les illustrations après son feu vert. Elle aussi m’a beaucoup appris. Dans les premiers livres elle supprimait presque un tiers du texte ! Tu bavardes trop, disait-elle, ça embrume le développement de l’histoire.

Cette relation de longue durée est un grand luxe. Cela m’a permis de faire des expériences, de chercher ma voie sans avoir le stress de devoir trouver un éditeur. L’École des Loisirs est devenue ma deuxième famille.

Ed.L’école des loisirs

Tu parles de l’École des Loisirs comme d’une deuxième famille. N’est-ce le cas qu’avec l’équipe éditoriale ? Ou es-tu également proche des auteurs maison ?

Les deux. Je connais bien les auteurs aussi.  Et aussi les auteurs de Pastel, la filiale belge de L’EDL, qui est basée à Bruxelles. Nous partageons la maison et une passion, ça aide !

Tu animes des personnages récurrents (Billy, Manu et Nono…). D’autres n’apparaissent que le temps d’un album. As-tu le sentiment qu’au fond, toutes tes histoires pourraient se passer dans le même monde ?

Les enfants me demandent souvent de faire un livre où tous les personnages seraient présents. Pour eux ça serait possible.

Mais les histoires du Roi et la poule se situent dans un autre univers que Les Billy, par exemple.

Peut-être est-ce le ton et l’ambiance qui sont toujours un peu les mêmes, mais ça, c’est inévitable, je crois. Parfois j’ai besoin de figurants dans une image et je dessine un personnage d’une autre histoire. Certains enfants le reconnaissent, et c’est sans doute pour cela qu’ils pensent que tous se croisent dans un même monde.

J’aimerais te poser une question concernant le temps. Nous vivons dans un monde où les enfants sont habitués à suivre des séries animées en enchainant les épisodes. En littérature jeunesse, notamment dans une approche comme celle de l’École des Loisirs, la logique reste bien différente : des histoires qui prennent le temps de murir, qui ont de l’importance individuellement. Est-ce qu’il t’arrive de te dire : « Au fond, dans un élan d’inspiration, je pourrais écrire une histoire chaque 15 jours, et ça pourrait me plaire » ? Et si ce n’est pas le cas : où sens-tu que se situe la différence entre les deux approches ?

Une histoire tous les 15 jours…?  Déjà je me demande parfois si cela a un sens d’écrire encore une histoire alors qu’il en existe déjà tellement de merveilleuses. Si oui je choisis sans hésiter la qualité au détriment de la quantité.  La quantité de qualité est une chose rare. Simenon a écrit pendant une période de sa vie un roman par mois. Il en a écrit cent quatre-vingt-treize en tout, ainsi que cinquante-huit nouvelles, dont beaucoup de chef d’œuvres. C’est presque surhumain, quand on y pense. Et il n’y a que lui, à ma connaissance, qui ait été capable d’entretenir une telle flamme sur la durée.
Une maison de production travaille actuellement sur une série animée autour de mon personnage Billy, le hamster-cow-boy. L’écriture des scénarios ne se fait pas à la légère non plus. Personne n’en écrit un tous les 15 jours. Toute une équipe d’auteurs travaille à partir d’une Bible littéraire – sorte de mode d’emploi de la série. Je vois passer de multiples versions, retravaillées, discutées…
Et puis n’oublie pas que je fais aussi les illustrations. Donc il faut du temps de toute façon. Et j’aime travailler longtemps à un livre. Souvent je regrette d’arriver à la fin.

Pour conclure : Pourrais-tu nous dire ce qu’il y a, aujourd’hui, sur ta table à dessin ?

Sur ma table de dessin il y a un nouveau Billy ! Après une pause de 2 ans, je retrouve mon petit hamster et son ami Jean-Claude, le ver de terre. Le far west et les grands espaces.
J’ai été pas mal occupée avec cette série, justement, et je n’arrivais plus à écrire une histoire pour Billy sans penser à un scénario, ce qui est un exercice finalement très différent. J’ai fait d’autres livres, entre temps. Un livre un peu poétique : Allumette et le gros caillou. Un autre avec Lisette, qui va sortir au printemps.  

Billy

Catharina Valckx sur le site de l ‘École des loisirs

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