Dossier Georges Beuville: interview de Sophie Junguenet

Lire aussi les interviews de Loic Dauvillier et Pascal Rabaté à propos de Beuville

Avez-vous connu Georges Beuville? Quel souvenir gardez-vous de la personne et du créateur qu’il était ?

S. J. : Georges Beuville est mon grand-père maternel. En tant que grand-père, j’ai de lui un souvenir de partages silencieux, tendres et protecteurs. Nous nous promenions dans son verger, il m’a fait piloter un planeur à un âge ou le parachute était trop grand pour moi et il me faisait rire en créant des personnages ou de petites inventions avec ce qui lui tombait sous la main.

Il était grand, beau, portait des pantalons en velours l’hiver et une casquette sur les terrains de vol à voile.

Sophie Junguenet enfant et son grand-père, Georges Beuville, dans le jardin de ce dernier.

Beuville artiste, lui, était plus secret et ne nous parlait pas de ses projets. Le silence était imposé lorsqu’il travaillait dans son atelier qui était une sorte de sanctuaire où personne ne pouvait entrer sans lui. J’ai eu, de temps en temps, cette chance rare de pouvoir m’installer sur une banquette dans un coin de cette grande pièce lumineuse pendant qu’il œuvrait à sa table et du coin de l’œil le regarder dessiner. Je pense que c’est à cette période et grâce à lui que j’ai compris que ma vocation était artistique, créative et indépendante.

Si Georges Beuville est aujourd’hui très apprécié de nombre de dessinateurs, j’aimerais recontextualiser son travail dans son temps. De son vivant et lorsqu’il était actif, quelle était sa place dans le monde de l’illustration ? Avez-vous des témoignages ou souvenirs sur le type de relations qu’il entretenait avec le milieu de l’édition, ses collègues ou son lectorat ?

Beuville a eu la chance de commencer sa carrière artistique à une période où tout était dessin. J’ai pu constater lors de recherches que j’ai faites sur son travail à la Bibliothèque Nationale qu’à cette époque même le moindre petit encart dans les magazines était dessin et que la photographie, sans doute encore trop chère, commençait tout juste à prendre place pour illustrer les articles ou les réclames en tout genre. Ainsi, à ses débuts, il a pu créer des décors pour le Casino de Paris, puis illustrer toutes sortes d’ouvrages allant des grands classiques à la littérature jeunesse en passant par des éditions plus techniques sur la photographie, le métier de maréchal-ferrant ou encore l’aviation, sa grande passion. Il a d’ailleurs écrit avec sa seconde femme Janine plusieurs ouvrages sur le vol à voile.

Copyright Beuville

Il a donc conçu des images en laissant parler librement sa créativité dans des domaines très différents comme l’édition, la presse, la publicité, construit des marionnettes pour le film Les casse-pieds de Jean Dréville à la demande de son ami scénariste Noël Noël. Il a été également nommé directeur artistique des guides de voyages « Odé » et peintre de l’air agrée, respecté par le monde de l’aviation comme artiste tout comme pilote et instructeur de vol à voile. Également respecté et admiré pour la personnalité unique et la qualité de son travail aussi bien par les professionnels avec lesquels il a collaboré que ses lecteurs.

Nous recevons encore des témoignages réguliers de personnes qui ont appris à lire, écrire, dessiner, piloter avec Beuville et qui viennent le partager avec nous avec beaucoup d’émotions. Je reçois très régulièrement des messages de jeunes auteurs et dessinateurs qui connaissent bien son trait et se sentent inspirés par son œuvre. Certains d’entre eux, nous disent même que Beuville fait partie des artistes qui les ont motivés à embrasser cette voie artistique. Pour ma mère comme pour moi, c’est évidemment toujours une joie immense et une belle énergie que de recevoir en cadeaux ces témoignages chaleureux et visiblement sincères.

Les originaux de Georges Beuville sont-ils très dispersés ou largement conservés par sa famille ?

J’ai l’honneur de détenir les œuvres de Beuville dont ma mère, Anne-Marie Beuville, fille de Georges, m’a fait cadeau pour mes 25 ans avec pour mission de faire vivre son talent.

Extrait de 99 récits de la nature (Copyright Beuville)

Des livres sont parus durant la dernière décennie autour de son travail : celui des éditions Charette, mais aussi, plus récemment, celui revenant sur les bandes dessinées réalisées pour le journal Tintin, publié par La Crypte Tonique. D’autres projets sont-ils en cours ?

Pas pour le moment, mais nous restons ouvertes à tous beaux projets d’éditions ou d’expositions pouvant rendre honneur au travail qu’il a effectué tout au long de sa vie.

Les livres illustrés par Georges Beuville connaissent-ils des rééditions actuellement ?

Oui, il existe des rééditions numériques de certaines de ses illustrations sous forme de E-book et il est toujours possible de trouver d’anciennes éditions sur internet.

Beaucoup de ses illustrations circulent sur internet. Avez-vous songé à rassembler ses travaux en ligne : une sorte de site internet anthologique ?

J’ai créé et administré le site officiel georgesbeuville.com en 2011 au moment de la fabrication du magnifique livre « Beuville » paru aux « Éditions Charette » grâce au talent de Loic Dauvillier. Il y a quelques mois lors d’un changement d’hébergement un problème technique est survenu et a fait disparaître définitivement la banque de données. La nouvelle version de ce site est prévue pour cette année.

En attendant, il y a la page officielle « Georges Beuville » sur Facebook et surtout la page « Un jour, un Beuville » que nourrit quotidiennement Loic avec passion. Je ne le remercierai jamais assez pour sa belle énergie à faire connaître encore et encore Beuville et tout ce que j’ai pu apprendre en collaborant avec lui à la réalisation du livre.

Avez-vous un attachement particulier pour l’un de ses travaux ?

J’aime et respecte énormément son travail, sa poésie, sa puissance et l’énorme faculté de production qu’avait Beuville que cela soit en tant qu’illustrateur, directeur artistique, peintre ou encore peintre de l’air. Il est difficile de choisir, car chaque œuvre possède un personnage touchant, drôle ou particulièrement parlant. J’apprécie aussi beaucoup ses paysages et peintures de voyages. Je peux donc dire que j’aime son travail dans sa globalité même si, plus qu’à un de ses travaux en particulier, je suis plus sensible à certaines périodes concernant son trait.

Lire aussi les interviews de Loic Dauvillier et Pascal Rabaté à propos de Beuville

Visiter la page officielle sur facebook:

Visiter la page Un jour, un Beuville

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